
Le 9 juin 2025, Sly Stone, visionnaire du funk et figure centrale de la contre-culture musicale américaine, s’est éteint paisiblement à l’âge de 82 ans, chez lui à Granada Hills, Los Angeles. L’annonce de sa mort, suite à de longues années de lutte contre la BPCO et d’autres problèmes de santé, a bouleversé l’univers musical. Il était entouré de ses trois enfants, de son ami proche et de sa famille élargie. « Son héritage musical extraordinaire continuera de résonner et d’inspirer pour les générations à venir« , a déclaré sa famille.

Les racines d’un prodige
Né Sylvester Stewart en 1943 au Texas, dans une famille pentecôtiste, il grandit dans la baie de San Francisco, où il chante dès l’enfance avec ses frères et sœurs dans le groupe gospel familial, The Stewart Four. Il se distingue rapidement par sa polyvalence : organiste, guitariste, batteur, bassiste, DJ à la radio KSOL, producteur pour des groupes rock comme The Beau Brummels… Avant même 25 ans, il avait déjà exploré tous les rôles possibles de la chaîne musicale.

Sly and the Family Stone : une révolution sonore et sociale
En 1966, il fusionne son groupe Sly & the Stoners avec celui de son frère Freddie pour fonder Sly and the Family Stone. L’alchimie est unique : une formation mixte, raciale et sexuelle, où femmes et hommes, noirs et blancs, partagent la scène dans une Amérique encore très ségrégée. Leur son, un mélange fébrile de soul, rock psychédélique, gospel et funk, crée un courant nouveau.
Dès 1967, le tube « Dance to the Music » impose leur style. Suivront des classiques éternels : « Everyday People », « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) », « Family Affair », « Hot Fun in the Summertime », « I Want to Take You Higher ». Leurs performances à Woodstock et au Harlem Cultural Festival (immortalisé par le documentaire Summer of Soul) restent parmi les plus mythiques de l’histoire de la musique live.
Citations marquantes
“The key to life is not accumulation. It’s contribution.” — Sly Stone
“Music is the thing that makes you come alive, that makes you human.”

Messages politiques, rythmes prophétiques
Derrière les grooves irrésistibles, les textes de Sly Stone portaient un message puissant : paix, unité, égalité. Il dénonçait le racisme et les inégalités sociales avec humour, intelligence et ferveur. « Stand! », « Everyday People », « Everybody Is a Star » sont autant d’appels à l’émancipation collective. Son funk n’était pas qu’un rythme, c’était une posture.
En 1971, son chef-d’œuvre « There’s a Riot Goin’ On » marque une rupture : introspectif, sombre, électrisant. Un album solo déconstruit, fait à l’aide d’une des premières boîtes à rythme. Sly s’y isole, au bord de la paranoïa, mais livre un manifeste d’époque, lucide sur la fin des illusions post-68.
Génie créatif et chute
Avec l’album « Fresh » (1973), il livre son dernier grand disque. La suite est plus chaotique. Addictions, absences sur scène, frictions internes font imploser le groupe en 1975. Il continue à publier sous le nom Family Stone, mais l’étincelle s’estompe. Après « Ain’t But the One Way » (1982), les sorties se font rares.
Son influence, elle, ne faiblit jamais. Des artistes comme Prince, Questlove, DJ Premier, Queen Latifah ou Anderson .Paak le considèrent comme un maître spirituel. Il est l’un des artistes les plus samplés de l’histoire, un pont vivant entre gospel, funk, rock et hip-hop.

Rédemption tardive, reconnaissance tardive
Après des années de silence, il réapparaît aux Grammy Awards 2006 pour un hommage bouleversant. En 2011, il sort « I’m Back! Family & Friends », où il revisite ses classiques. Mais ses années sont marquées par la pauvreté, vivant dans un camping-car à Los Angeles. Il obtient gain de cause en justice contre son ex-manager en 2015, mais ne percevra jamais l’argent.

Son autobiographie, « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin)« , parue en 2024, est saluée pour sa sincérité, son humour, sa lucide tendresse. Il y écrivait :
« Je suis fier que ma musique ait inspiré des gens. C’était tout ce qui comptait. »

Un héritage immortel
Sly Stone laisse derrière lui une discographie brève mais d’une densité rare, où chaque morceau est un geste, une revendication, un groove.
Parmi ses titres essentiels :
- « Dance to the Music »
- « Stand!«
- « Everyday People »
- « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) »
- « Family Affair »
- « Hot Fun in the Summertime »
- « If You Want Me to Stay »
Il fut tout à la fois producteur, poète, prêcheur, expérimentateur. Il fut un miroir d’une Amérique brisée, mais aussi un phare pour ses guérisons futures. Son funk était une vision, son silence, un cri, et son œuvre, une prophétie musicale.
« Everybody is a star. »
