🏰 Le 16 juin 774 : Charles, roi des Francs, entre à Pavie et devient roi des Lombards

Le 16 juin 774 marque une date charnière dans l’histoire de l’Europe médiévale. Ce jour-là, après un long siège de plusieurs mois, Charles, roi des Francs, futur Charlemagne, entre triomphalement dans Pavie, capitale du royaume lombard en Italie du Nord. Cet événement n’est pas seulement une victoire militaire : il scelle un tournant politique majeur et inaugure une nouvelle phase d’unification territoriale sous l’autorité franque.

Le siège de Pavie : un affrontement stratégique

La guerre entre les Francs et les Lombards prend racine dans des rivalités politiques et religieuses. Didier (Desiderius), roi des Lombards, avait offert refuge au neveu de Charles, ce qui fut perçu comme un acte de provocation. De plus, Didier menaçait les États pontificaux, ce qui poussa le pape Adrien Ier à solliciter l’aide de Charles.

En 773, le roi des Francs lance une campagne militaire audacieuse, traversant les Alpes avec son armée. Il commence le siège de Pavie à l’automne. La résistance est longue et tenace, mais le blocus étouffe peu à peu la ville. Après de longs mois de famine et d’épuisement, Pavie capitule le 16 juin 774.

Une double couronne : roi des Francs et des Lombards

À la suite de cette victoire, Charles fait prisonnier le roi Didier et le force à abdiquer. Il se fait couronner avec la fameuse « couronne de fer des Lombards », un ancien symbole de pouvoir forgé selon la tradition avec un clou de la croix du Christ. Ce geste n’est pas anodin : en portant cette couronne, Charles ne se contente pas d’annexer un territoire, il s’approprie la légitimité lombarde et affirme son autorité sur toute l’Italie du Nord.

Il adopte alors le titre de « roi des Francs et des Lombards », une formule inédite qui reflète l’expansion rapide de son autorité et sa volonté de fonder un empire chrétien unifié.

Une alliance politique et religieuse

La conquête de Pavie renforce aussi l’alliance entre les Carolingiens et la papauté. En venant au secours du pape contre les Lombards, Charles se pose en protecteur de l’Église. Cette relation sera déterminante : elle culminera en l’an 800 lorsque le pape Léon III couronnera Charles empereur d’Occident à Rome.

Ce lien entre pouvoir politique et religieux préfigure l’idée de « chrétienté occidentale » : un ordre sacralisé autour de l’alliance entre l’Église et le pouvoir impérial.

Un tournant dans l’histoire européenne

L’entrée de Charles dans Pavie symbolise plus qu’une conquête : elle marque l’émergence d’un nouveau pouvoir fort en Occident, capable d’unifier des peuples sous un idéal commun. Elle est l’un des premiers jalons vers la création de l’Empire carolingien, dont l’influence façonnera l’Europe pendant des siècles.

Ce 16 juin 774 reste ainsi comme un moment fondateur, où s’affirme l’ambition d’un roi devenu bientôt empereur, au carrefour de la foi chrétienne, de l’héritage romain et de l’unité politique.