Sly Stone : Le pionnier du funk et de la musique engagée qui a marqué l’histoire

Sly Stone se produit avec son groupe Sly and the Family Stone dans l’émission télévisée Midnight Special, en 1974.
Photographie : Fotos International/Getty Images.

Le 9 juin 2025, Sly Stone, visionnaire du funk et figure centrale de la contre-culture musicale américaine, s’est éteint paisiblement à l’âge de 82 ans, chez lui à Granada Hills, Los Angeles. L’annonce de sa mort, suite à de longues années de lutte contre la BPCO et d’autres problèmes de santé, a bouleversé l’univers musical. Il était entouré de ses trois enfants, de son ami proche et de sa famille élargie. « Son héritage musical extraordinaire continuera de résonner et d’inspirer pour les générations à venir« , a déclaré sa famille.

Né Sylvester Stewart le 15 mars 1943, il a travaillé comme producteur de disques et animateur radio sur KSOL FM à San Francisco, en Californie, vers 1967.
Photographie : Michael Ochs Archives/Getty Images.

Les racines d’un prodige

Né Sylvester Stewart en 1943 au Texas, dans une famille pentecôtiste, il grandit dans la baie de San Francisco, où il chante dès l’enfance avec ses frères et sœurs dans le groupe gospel familial, The Stewart Four. Il se distingue rapidement par sa polyvalence : organiste, guitariste, batteur, bassiste, DJ à la radio KSOL, producteur pour des groupes rock comme The Beau Brummels… Avant même 25 ans, il avait déjà exploré tous les rôles possibles de la chaîne musicale.

En concert dans les années 1970.
Photographie : **David Redfern / Redferns via Getty Images**.

Sly and the Family Stone : une révolution sonore et sociale

En 1966, il fusionne son groupe Sly & the Stoners avec celui de son frère Freddie pour fonder Sly and the Family Stone. L’alchimie est unique : une formation mixte, raciale et sexuelle, où femmes et hommes, noirs et blancs, partagent la scène dans une Amérique encore très ségrégée. Leur son, un mélange fébrile de soul, rock psychédélique, gospel et funk, crée un courant nouveau.

Dès 1967, le tube « Dance to the Music » impose leur style. Suivront des classiques éternels : « Everyday People »« Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin) »« Family Affair »« Hot Fun in the Summertime »« I Want to Take You Higher ». Leurs performances à Woodstock et au Harlem Cultural Festival (immortalisé par le documentaire Summer of Soul) restent parmi les plus mythiques de l’histoire de la musique live.

Citations marquantes

“The key to life is not accumulation. It’s contribution.” — Sly Stone

“Music is the thing that makes you come alive, that makes you human.”

**Sly and the Family Stone**, vers 1968 (de gauche à droite) : Greg Errico, Rose Stone, Sly Stone, Cynthia Robinson, Freddie Stone, Jerry Martini et Larry Graham.
Photographie : **SBMG Archive / Sony Music**.

Messages politiques, rythmes prophétiques

Derrière les grooves irrésistibles, les textes de Sly Stone portaient un message puissant : paix, unité, égalité. Il dénonçait le racisme et les inégalités sociales avec humour, intelligence et ferveur. « Stand! »« Everyday People »« Everybody Is a Star » sont autant d’appels à l’émancipation collective. Son funk n’était pas qu’un rythme, c’était une posture.

En 1971, son chef-d’œuvre « There’s a Riot Goin’ On » marque une rupture : introspectif, sombre, électrisant. Un album solo déconstruit, fait à l’aide d’une des premières boîtes à rythme. Sly s’y isole, au bord de la paranoïa, mais livre un manifeste d’époque, lucide sur la fin des illusions post-68.

Génie créatif et chute

Avec l’album « Fresh » (1973), il livre son dernier grand disque. La suite est plus chaotique. Addictionsabsences sur scènefrictions internes font imploser le groupe en 1975. Il continue à publier sous le nom Family Stone, mais l’étincelle s’estompe. Après « Ain’t But the One Way » (1982), les sorties se font rares.

Son influence, elle, ne faiblit jamais. Des artistes comme PrinceQuestloveDJ PremierQueen Latifah ou Anderson .Paak le considèrent comme un maître spirituel. Il est l’un des artistes les plus samplés de l’histoire, un pont vivant entre gospel, funk, rock et hip-hop.

Posant pour un portrait vers 1974.
Photographie : **Michael Ochs Archives / Getty Images**.

Rédemption tardive, reconnaissance tardive

Après des années de silence, il réapparaît aux Grammy Awards 2006 pour un hommage bouleversant. En 2011, il sort « I’m Back! Family & Friends », où il revisite ses classiques. Mais ses années sont marquées par la pauvreté, vivant dans un camping-car à Los Angeles. Il obtient gain de cause en justice contre son ex-manager en 2015, mais ne percevra jamais l’argent.

**Sly and the Family Stone** en répétition pour une apparition télévisée, octobre 1969.
De gauche à droite : Rose Stone, Cynthia Robinson, Sly Stone, Jerry Martini, Freddie Stone, Greg Errico et Larry Graham.
Photographie : **CBS Photo Archive / CBS / Getty Images**.

Son autobiographie, « Thank You (Falettinme Be Mice Elf Agin)« , parue en 2024, est saluée pour sa sincérité, son humour, sa lucide tendresse. Il y écrivait :

« Je suis fier que ma musique ait inspiré des gens. C’était tout ce qui comptait. »

En concert lors du **Harlem Cultural Festival de 1969**, tel que présenté dans le documentaire *Summer of Soul* (2021).
Photographie : **Album / Alamy**.

Un héritage immortel

Sly Stone laisse derrière lui une discographie brève mais d’une densité rare, où chaque morceau est un geste, une revendication, un groove.

Parmi ses titres essentiels :

Il fut tout à la fois producteur, poète, prêcheur, expérimentateur. Il fut un miroir d’une Amérique brisée, mais aussi un phare pour ses guérisons futures. Son funk était une vision, son silence, un cri, et son œuvre, une prophétie musicale.

« Everybody is a star. »

Posant pour un portrait à domicile, en 1972.
Photographie : **Michael Ochs Archives / Getty Images**.